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Peintre, restauratrice d’œuvres d’art, musicienne, Maud Soupa n’entend pas limiter ses domaines d’expression et veut entraîner les autres dans le bonheur de la création.

Dire que Maud Soupa chante comme un oiseau, c’est rendre justice à sa voix légère et pure qui s’envole, enchante et semble se poser quand la chanson se termine. « A la grâce d’un chant comme à la grâce de Dieu, on s’abandonne à la voix de Maud Soupa, à une vibration, une tension, des pleins, des courbes, des déliés, un chatoiement fauve, une matière, un grain, une caresse, une force, une présence . » (François Graveline)

 Mais on n’atteint pas cette facilité sans  travail. Certes, le chant est pour elle une évidence, un bonheur qu’elle découvre à dix ans, à la chorale de l’école publique, mais elle cultive aussi ce don naturel. A Paris, elle chante de temps en temps, au gré des occasions et des invitations. Plus tard, à Moulins, elle travaille le chant lyrique avec Olivier Ganzerli, pédagogue hors pair qui sait affiner tout ce qu’elle a acquis par elle-même.  Cependant elle hésite à se consacrer uniquement au chant pour en faire une carrière.

Maud ne veut pas vivre une seule passion. Elle a trop  étouffé dans un système scolaire qui bridait ses possibilités créatrices, pour se cantonner à un seul moyen d’expression. Partagée entre plusieurs familles, plusieurs cultures, elle a décidé en bonne hédoniste de profiter de tout ce que la vie lui offrait, sans renoncer à rien sous prétexte de sérieux.

Elle travaille aux ateliers de décors de la Comédie Française et se forme aux techniques du trompe-l’œil.

Elle est née à Paris en 1963. « Je suis une sorte de clandestine issue d’une immigration peu commune » : enceinte, sa mère  a fui sa Colombie natale pour rejoindre le père de Maud, un artiste renommé. Elle épousera finalement M. Soupa, navigant d'Air France, qui reconnaît Maud : la petite fille sera donc élevée aussi par ses grands-parents adoptifs, des instituteurs pleins d’affection mais dont les attentes contribueront à rendre cuisants ses échecs scolaires. Quand on veut l’orienter vers un bac professionnel, la famille de Maud l’encourage  à se présenter à des concours d’écoles d’art. Elle en réussit plusieurs et choisit l’Ecole nationale d’arts appliqués Duperré. C’est le commencement d’une nouvelle vie, mais le commencement seulement.

« Tout ce que j’ai appris, c’était après ». Elle travaille aux ateliers de décors de la Comédie Française et cela lui donne envie de se former aux techniques du trompe-l’œil, ce qu’elle fait au cours Renaissance à Paris. Mais c’est en travaillant au service du prestigieux atelier de restauration ARCOA qu’elle plonge vraiment dans l’histoire de l’art appliqué. « J’avais besoin d’avoir les mains dedans ». Elle travaille ainsi au décor peint et doré à la feuille de José-Maria Sert au musée Carnavalet, à la Sainte Marie l’Egyptienne de Chassériau à l’église Saint-Merri, ou encore récemment a la chapelle du trésor de Vernusse, et bien d’autres. C’est donc « sur le tas », en relation privilégiée avec l’œuvre d’art, qu’elle s’approprie  les différentes techniques qu’elle utilise ensuite : fresque, tempéra, encaustique, huile, acrylique…

Cependant, la technique n’est pas tout et la restauration ne la satisfait pas entièrement. Elle cherche à s’affirmer par la création, mais elle n’a pas confiance en elle. Cette confiance viendra petit à petit, au fur et à mesure de la confiance que lui feront les autres et des défis qu’elle se lancera à elle-même.

En 1998, elle peint un trompe-l’œil à Yzeure, la « Place des fêtes », et elle y ressuscite le « Café bleu »

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Annie Regond, conservateur des antiquités et objets d’art, la fait venir dans l’Allier en 1993, sur divers chantiers de restauration. Le Bourbonnais lui convient : « ça me plaisait de me retrouver dans un rapport d’authenticité plus grand avec les éléments, les gens. Je voyais une ouverture pour me construire, oser commencer à lâcher la peinture de commande et la restauration et croire en mes possibilités de créatrice. » François Colcombet lui donne carte blanche à Dompierre, à la cité des Briffauts, pour exécuter une peinture murale avec des jeunes du quartier. C’est la première fois qu’elle est confrontée à la nécessité de transmettre, d’accompagner la création. L’expérience se renouvelle au Florilège à Moulins. En 1998, elle peint un grand tompe-l’œil à Yzeure : la « Place des fêtes » où elle ressuscite le « Café bleu » qui ne survivait plus que dans la mémoire locale. Un peu plus tard c’est un rideau de scène de 50 m2 pour Cinéma nature à Dompierre…

atelier MaudExigeante, Maud veut aller plus loin : elle juge qu’elle est trop dans le savoir-faire et pas assez dans l’accompagnement des processus de création. C’est au cours d’une formation d’art thérapie à l’INECAT (Institut national d’expression, de création d’art et thérapie) à Paris qu’elle découvre sa voie : s’autoriser, dans un dialogue pictural avec elle-même, à lâcher prise, à se lancer dans le vide, à créer.  « Je commence une série de peintures sur le thème du ‘cirque intime’ : des corps imposants suspendus dans le vide ; une ambivalence entre « l’apesanteur et la grasse, la pesanteur et la grâce » Ce genre de jeux de mots est typique de la manière de s’exprimer de Maud. C’est là qu’il faut chercher le sens d’A-musée, le nom de son  projet artistique. A-musée c’est sortir du caractère mortifère du musée, s’emparer du merveilleux, s’amuser en créant, en musant dans la peinture, la chanson, le théâtre, la poésie en général et tous les moyens d’expression à notre disposition, s’exprimer de manière vivante, dans une sensibilité à fleur de peau, comme en ont instinctivement les jeunes enfants. En 2003, Laurent Shuh l’invite à exposer ses créations au Sudden théâtre où il joue « L’Homme qui rit » de Victor Hugo. Elle expose ensuite chez elle, à l’IUT et l’IUFM à Moulins.

Elle entraîne 300 enfants et adultes dans une aventure picturale

 En 2004, la naissance de sa fille Alecia bouleverse la vie de Maud. Elle veut lui offrir ce qu’elle n’a pas eu, la présence maternelle des années fondatrices, mais aussi le bonheur de l’expression spontanée. Et la petite s’en donne à cœur joie. Sur des feuilles de papier, sur les murs, elle remplit tous les espaces qu’elle trouve de dessins audacieux aux vives couleurs. Elle chante aussi et joue du piano. Pendant six ans, Maud oublie tout ce qui n’est pas Alecia.

En 2010  elle émerge de cette plongée dans la maternité sans limites, retrouve ses pots, ses pinceaux et le désir de s’exprimer de toutes les manières dans l’art. Elle entraîne ainsi 300 enfants et adultes dans une aventure picturale, création sur cinq jours d’un triptyque au Centre National du Costume de Scène. «Les participants devaient réaliser leur motif sans connaître l’ensemble des peintures, un peu comme dans la pratique surréaliste des « cadavres exquis », d’où le nom « Des Corps exquis ».

Maud  chante aussi, désormais accompagnée par Olga Burova, pianiste russe qui a été séduite par sa personnalité, sa voix et l’éclectisme de son répertoire. Périodiquement, Maud propose des événements artistiques où elle vous aide à « laisser s’exprimer par la peinture l’enfant libre » qui est en vous. Cet été, elle a fêté, à sa façon, les vingt ans du Bal de l'Europe : en réalisant "en live" sur une scène le tableau que voici. Elle est pleine de projet pour la rentrée 2012.

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contact : maudsoupa@a-musee.net

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