Un portrait publié dans La Semaine de l'Allier en juillet 2011

Stamm 005 Après avoir hésité entre la politique et le théâtre, Jean-Emmanuel Stamm devient        assureur par hasard : "un métier de valeur", dit-il !

 Un joli spitz fauve fait irruption entre les tables du restaurant, va mettre le bout de son nez à l’entrée  des cuisines… Personne ne bouge, mais chacun murmure : « Tiens, Stamm est là ! ». En effet, Jean- Emmanuel Stamm vient d’entrer et d’un signe ramène Belle aux pieds de son maître. Son maître ?  « Belle n’est pas mon chien, c’est moi qui lui appartiens. Elle m’a choisi et j’ai accepté.  » Belle est son poisson pilote.

 Mais qui est Jean-Emmanuel Stamm ?

 « Si j’étais chinois, je serai martiniquais. » En effet, pour les chinois, on est du pays où on a été conçu, or, bien que né à Annecy, il a été conçu à la Martinique, donc s’il était chinois… CQFD. Aussitôt né, aussitôt reparti, ou presque : voilà la famille à Bamako (alors au Soudan français, aujourd’hui au Mali), puis en Région parisienne, en Alsace, à Lyon, à Montpellier : son père, magistrat, change de poste aussi souvent que les militaires ou les préfets. « Les racines profondes, je ne connais pas. Mais si on doit être de quelque part, c’est de là où on a passé son adolescence, la période la plus importante de la vie, après on se contente de refaire. Pour moi, c’est Mulhouse : fondamentalement, je suis alsacien. »

C’est là qu’il passe son bac. Ensuite viennent les études : maîtrise de droit privé. « ça ne sert à rien. Tout se périme très vite. Il me reste juste quelques chansons paillardes, les trucs utiles dans la vie… » Le droit n’est visiblement pas tout pour lui à ce moment-là. Quoi d’autres alors ? La politique, dit-il. Il à 16 ans en mai 68 et il faut bien vivre au rythme de son temps. Il avoue avoir été, en 1972, le plus jeune secrétaire de circonscription de son mouvement, mais ne dit pas lequel. « J’avais un bel avenir politique devant moi. » Finalement, non.

Politique ? Théâtre ? Finalement les assurances, c'est plus sur !

Stamm 012Il y a aussi le théâtre, au conservatoire d’art dramatique de Mulhouse, puis avec le « Théâtre d’Emmanuel ». Une jolie aventure qu’il poursuit pendant quelques années en parallèle avec ses études. Pourquoi ne pas en faire toute sa vie ? « Il faut du courage pour rompre avec un certain confort petit-bourgeois, d’autant que je n’étais pas Alain Delon ni Michel Simon. Il faut avoir un physique, ou au moins un personnage. Je n’avais ni le courage de rompre avec tout ni le sentiment d’en être capable. »

Pendant quelques années, il mène une vie chaotique, se marie, divorce au bout de quelques mois, disparaît, vit de petits boulots (« heureusement, c’était une période de plein emploi ! »). Il se stabilise sur le coup de 25 ans, travaille dans le contentieux, dans la gestion puis dans les assurances.

Pour Jean-Emmanuel Stamm, l'assurance c'est  la gestion de la solidarité

« ça fait 30 ans ! C’était par hasard, bien sûr. Il n’y a pas d’enfant de 5 ans qui dise "moi, je serai assureur". Mais c’est un beau métier, un métier de valeur. » Pour Jean-Emmanuel, l’assurance, c’est « la gestion de la solidarité ». Un métier indispensable à la société : « Si nous vivons dans une société où on peut avoir des projets, dormir à peu près tranquille, c’est grâce à l’assurance sociale, aux assurances chômage, santé,  responsabilité civile, etc. Elles nous mettent à l’abri des aléas. Dans les pays où il n’y a pas d’assurances comme le Congo, où il peut arriver n’importe quoi qui peut tout remettre en cause, on ne peut rien entreprendre, ç’est un frein à la vie, aux projets. »

Il faut dire que Jean-Emmanuel connaît bien l’Afrique, non pas tant pour les quelques années qu’il y a passé tout enfant, mais d’abord par culture familiale. Son père a été chef de cabinet d’un ministre africain à Paris du temps de la colonisation, et sa mère, sociologue, est une spécialiste de l’Afrique. Il y a aussi souvent travaillé, en Algérie dans un programme de coopération européen, en République démocratique du Congo et en Mauritanie pour l’assurance. C’est donc sur le terrain qu’il a pu constater les immenses besoins de l’Afrique dans son domaine.

rue MarcadetAssureur en France, mais aussi en Afrique, qu'il connaît bien

Mais l’Afrique est aussi à Paris. « Rue Marcadet, on est à Kinshasa. Ces gens ont des besoins spécifiques, ils sont souvent maltraités, et parfois par des africains eux-mêmes. Je voudrais qu’ils soient traités comme on traite nos gentils Bourbonnais ». Il crée donc pour eux un système de micro-assurance. Ça ne lui suffit pas : il veut aussi inventer un système d’assurance-santé pour le Congo lui-même, qui serait financé par la communauté immigrée en France. Pour le moment, l’affaire est montée, mais faute de gestionnaire en Afrique, elle n’est pas encore opérationnelle (juillet 2011)

Cependant Jean-Emmanuel Stamm est bien décidé à aller jusqu’au bout : « Il faudrait fédérer un village et faire un contrat de groupe ; c’est facile à rêver mais beaucoup plus difficile à faire. » Il ne se contente pas de rêver, mais s’applique également à faire, en Afrique mais aussi en France, pour les Africains mais aussi pour les Français et en particulier les Bourbonnais : il a créé le Challenge associations solidarité qui permet à des entreprises de récompenser des projets associatifs solidaires. Le Challenge 2012 a ainsi permit de répartir 4500 € entre sept associations.

Le défi le plus important qu'il ait relevé : la reprise de la MARF

Pour Moulins et le département, le défi le plus important relevé par Jean-Emmanuel aura certainement été la reprise de la MARF. On est au début du mois de décembre 2006, il est en Algérie quand il apprend que les liquidateurs de la MARF cherchent un repreneur pour les agences de l’Allier avant le 1erjanvier. Il rentre dare-dare et contacte immédiatement la société Generali. On l’écoute et il peut présenter son projet. « C’était une histoire d’homme, du genre "tope-là…" J’avais trois feuilles Excell, j’ai fait mon topo, le lendemain on avait la lettre d’accord (le 29 décembre !). Une période très forte de ma vie professionnelle : du 1er janvier à la mi-décembre 2007, ça n’a été qu’une seule énorme semaine de boulot ! » Une bonne affaire ? Surpris, il réfléchit : « Sur le moment, je n’y ai pas pensé. Il Il y avait une vongtaine d'emploi à la clé. On ne pouvait pas laisser tomber.y avait une vingtaine d’emplois à la clé. On ne pouvait pas laisser tomber. » 

Jean-Emmanuel n’est pas un optimiste et ne voit pas la vie en rose. « Au fur et à mesure de la vie, les portes se ferment ; des choses ne seront plus. Au bout du bout, il n’y a que cette ligne noire… Rien ne sert à rien, alors je m’étourdis. "Enivrez-vous de vin, de poésie ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous". Ça, c’est de Baudelaire. » Donc il s’enivre (mais pas de vin : il ne boit que de l’eau et du café !), faisant référence au divertissement selon Pascal : toutes les activités qui nous empêchent de méditer sur nous-mêmes et la fugacité des choses d’ici-bas. Une ivresse somme toute assez sage, à tous les sens du terme, et qu’on voudrait voir cultiver par d’autres pessimistes de son genre : Jean-Emmanuel Stamm, un homme sur qui on peut compter.

Jean-Emmanuel Stamm est né le 4 juillet 1952. Marié, il a trois fils. Première médaille de diction et d'art dramatique du Conservatoire national de Mulhouse, titulaire d'une maîtrise de droit privé, il a créé Stamm Assurances en 2004 et repris en 2007 les agences bourbonnaises de la MARF. Il est passionné de théâtre et de poésie.