HDA001-C

Extrait 1 

Un jour, Dieu eut envie d'aller faire un petit tour sur terre. Non pas qu'il s'ennuyât ; comment Dieu s'ennuierait-il ? Non. Il avait simplement envie de profiter un peu de sa création : "Si je l'ai faite, hein !" Mais où aller ? Par où commencer puisqu'il fallait bien commencer ?

"La Palestine ? Non. La dernière fois, ça s'est mal passé. Bien sûr, il fallait le faire. Je ne regrette rien. Mais tout de même, si ça n'avait pas été pour les hommes… Quel calvaire ! Cette fois-ci, je ferai juste une petite balade d'agrément ; une visite au jardin, en somme. Les étoiles, les galaxies, l'univers, j'ai tout agencé, tout fait pour que ça roule. Ça tourne, une vraie pendule ! Et la terre avec ses continents, ses océans, les pôles et les tropiques, les déserts et les forêts, et toutes ces espèces qui se mangent et se nourrissent les unes les autres ! Ça, c'est du travail ! Allons voir ça. Mais dans un endroit tranquille, civilisé. Et si j'allais en France ?"

Encore fallait-il se donner une forme humaine.

"Voyons, un bel homme… La trentaine ? Non ! Trop de mauvais souvenirs. Une bonne cinquantaine. Ou… une petite soixantaine ? Enfin, dans ces eaux-là. Quelque chose où je me sente bien…."

… Dieu en était là de ses réflexions quand il aperçut quelqu'un qui venait vers lui.

"Tiens, justement, voilà un homme ! Enfin, une femme. Bon, c'est pareil. Enfin, pas tout à fait, mais la différence est minime. C'est la variété qui compte, enfin l'espèce... Sinon l'espèce du moins la race, le genre… Zut ! La catégorie. Bon. Je me comprends." Pour faire diversion, il s'intéressa à la vieille femme qui descendait le chemin vers l'étang en grommelant, trop occupée de ses pensées pour l'apercevoir dans l'ombre. Arrivant près de lui, elle sursauta.

Extrait 2

… Assez content de ce petit essai de philosophie forestière, Dieu se remit en marche en sifflotant. Quelques instants plus tard, il entendit des aboiements de chien et quelques coups de fusil. Avant qu'il ait eu le temps de s'écarter, arrive un chien courant, le nez par terre, les oreilles battant l'air. Un coup de feu et le chien s'écroule, agité des derniers soubresauts de la vie qui le quitte. Au même instant apparaît entre les arbres un gros homme rougeaud, la carabine à la main :

- Putain de bordel de Dieu ! J'ai eu le chien ! Et qui c'est ce connard qui fait la statue dans mon bois ?

Visiblement, l'homme n'avait pas bu que du café avant d'aller à la chasse. Il semblait bien décidé à faire payer au visiteur importun le malencontreux coup de fusil qui avait abattu le chien. "Et un miracle, se dit Dieu, si je faisais un miracle ? Ça fait toujours de l'effet." Il étendit la main :

- Lève-toi et marche.

Aussitôt le chien se leva en agitant la queue et courut vers son maître qui l'accueillit d'un bon coup de pied dans les côtes :

- Tu faisais semblant, hein, charogne !

Son compte réglé au chien, l'ivrogne se retourna vers Dieu, brandissant sa carabine :

- Alors on braconne sur mes terres ? On tire sur mon chien ? On vole mon gibier…

On ne discute pas avec un ivrogne. Dieu disparut brusquement, laissant le pauvre homme jurer de mettre désormais de l'eau dans son pastis les jours de chasse...

 

Un arbre qui part en voyage, un autre qui demande à sa propriétaire de l'épouser, les accès de "philosophie forestière" de Dieu en visite d'agrément en France… le monde mis en scène dans ces Histoires drôles-amères n'est pas seulement étrange et comique, mais aussi léger avec "Les revenants", angoissant avec "Le Marcheur de la rue grise", surprenant avec "Le Marchand et la mort", dramatique avec "La Bête". Dans ces seize histoires courtes, c'est la vie quotidienne des êtres humains qu'on voit défiler, mais racontée par des personnages inattendus : un petit rat qui veut mener joyeuse vie, une martre qui en a trop profité, une femme que son propre portrait fascine, des arbres qui parlent et des pierres qui crient...

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Éditeur : Adéquat éditions. ISBN.978-2-36349-019-3