L'orthographe est à la fois un signe de culture, un marqueur social, et si on veut s'en donner la peine, une source infinie d'amusement. En cas de problème, s'adresser à un (une) professionnel(le) !

Encore l'orthographe ? Oui, je sais, c'est ma hantise. Mais pas seulement ma hantise. C'est aussi un sujet de réflexion et de plaisir (mais si, mais si !). Ecoutez le mot "ortho-graphe" : écrire droit. Tous en rangs ! Entre les lignes droites, courent de jolis mots bien droits, écrits en lettres droites. Quand j'étais petite, mon père me disait "écris droit, tes lettres ressemblent à des fourmis qui ont la colique !" Aujourd'hui encore, mes lettres sont en balade sur la page, au gré des humeurs et de la hâte. Les lettres mais aussi les mots : j'ai longtemps aimé une certaine liberté qui m'a conduite à faire des dizaines de lignes de "parole" que je m'obstinais à écrire avec deux 'l' : tellement plus évocateur ! ça parle mieux, ça blablate, ça s'envole, parolle, parolle... !

Mais soudain, aujourd'hui, "parolle" me choque. Ciel ! Me voilà formatée. J'ai perdu la liberté. Insidieusement pourtant elle remonte la pente, celle du règlement et des mauvais points. Les lettres se glissent, se détournent, se déplacent et la FAUTE apparaît : Horreur ! Au secours, à moi, dictionnaires et grammaires, participes tordus, doubles lettres, exceptions, noms en 'ou' comme bijou, mots en 'al' comme cheval ! Ils rappliquent tous en rangs serrés pour remettre l'hérétique dans le droit chemin.

L'orthographe : ce qui va droit et ce qui a le droit

Quelle importance, diront certains ? La plus haute, bien sûr. Ne l'entendez vous pas ? "ORTHO-graphe". L'orthographe, c'est ce qui va droit, mais aussi ce qui a le droit. En France, en effet, il y a un droit du langage. L'Académie décrète et les professeurs suivent et appliquent : 4 points par faute de grammaire, 2 par faute "d'usage", les 1/4 et les 1/2 pour les broutilles... Cependant Mai 68 est passé par là et le barème en a pris un coup dans l'aile : 2 points seulement pour la grammaire, vous vous rendez compte !

Mal orthographier, c'est être mal-à-droit. Gare au maladroit qui se trahit à chaque ligne ! Honte sur lui, il n'a pas le droit ! Gare au distrait, au gauche, au fantaisiste : pas d'écart, pas d'invention, tout est répertorié, visé, validé, STOP ! Vous sortez de la droite ligne, vous êtes suspect, voire dangereux. Dans Molière déjà, les "Femmes savantes" chassaient une servante "à cause qu'elle manque à parler Vaugelas". De nos jours on ne rit même plus de cela. On peut tout contester y compris Dieu, c'est même plutôt bien vu, mais la grammaire, point.

"Libertographe", le péché en toute tranquillité

Si vous vous égarez, vous passerez pour un plouc, un rustre, un ignorant, quelqu'un à qui on ne peut rien confier, pensez donc, il erre ! On suspectera vos origines, vos études, on ira vérifier vos diplômes. On ricanera derrière votre dos. Moi-même, je le confesse, je me permets un petit sourire, mais léger, prudent, quand je repère l'accent de travers, l'accord bizarre, la tache d'encre qui prend un petit air d'obligation en devenant "tâche", et toutes ces jolies et ces vilaines fautes qu'il ne faut surtout pas faire si vous voulez conserver votre prestige.

Faut-il donc en tenir pour la liberté de l'orthographe ? Une sorte de libertographe, en somme, le péché en toute tranquillité. Je suis sûre que non. Même si la règlementation orthographique m'exaspère et que je la ridiculise, l'orthographe est tout de même une belle chose. C'est elle qui nous permet d'exprimer dans la nuance, d'accorder d'un bout à l'autre de la phrase des mots qui se perdraient sans elle, de construire un langage complexe où le verbe suit la pensée avec souplesse, soutenu par tous ces petits mots qu'on entend à peine mais sans lesquels nos phrases ne seraient que des sacs où s'entassent idées et objets, sans ordre, sans rime ni raison.

Faites-vous relire par un professionnel

Mais les doubles lettres, les graphies savantes, les 'h' aspirés et les 'y' antiques, les mots en 'ap' qui prennent 2 'p' et ceux qui n'en prennent qu'un ? Bonhomme qui a de la bonhomie ? Patron qui donne patronage même si sa femme est la patronne, chariot mais charrette, souffler mais boursoufler ? C'est vrai, il y a de l'abus. Il faut avoir étudié pour ne jamais se tromper puisque, à l'évidence, en fait parfois tout pour vous tromper. C'est que l'orthographe est aussi un clan. Comme les signes de reconnaissance des francs-maçons, les vrais pièges de l'orthographe sont les signes de reconnaissance des savants (et des cuistres ?).

Mais au fait, si vous avez des problèmes d'orthographe, je suis là pour ça : relecture, correction, je fais ça très bien et pour un prix modique !